Entre la vie et la mort

Ma minuscule petite Kalinda pour toi rien ne va plus, tu as toujours entre 39 et 40 de fièvre. Tu refuses de manger quoi que ce soit et tu ne bouges presque plus. Tu es secouée par des vilaines quintes de toux et dès que je te prends dans mes bras tu émets des petits gémissements plaintifs. Nous sommes très en souci. Comme j’aimerais prendre ton mal notre amour et te voir enfin reprendre vie. Nous essayons de te faire manger un petit peu, mais le peu que tu avales ressort aussitôt en jet. Une fois de plus nous rentrons à la maison complètement désemparés, nous avons si peur pour toi. Je ne me sens pas très bien en allant me coucher, et je passe une mauvaise nuit.


Je me réveille ce matin avec 40 de fièvre, oh que je suis mal. Immédiatement je me dis, ah mon vœu est exaucé, j’ai pris la fièvre de Kalinda, du coup elle doit aller mieux. Malheureusement non, tu es toujours dans le même état. Pour moi, tout rentre dans l’ordre rapidement, ma fièvre ne dure qu’un jour. Que s’est-il donc passé, je n’en sais rien ?
19 mars l’épreuve continue


Nous passons un maximum de temps avec vous nos amours, et tu t’attaches très fort à nous Sharmila. Dès que nous franchissons la porte de votre chambre, tu nous tends les bras. Ça nous réchauffe le cœur, car tu sembles toi aussi nous avoir pleinement adoptés. Par bonheur, tu vas assez bien, même si tu as toujours la gale et un peu de peine à tenir ta tête, ton tonus musculaire étant très faible. Tu es souvent dans les selles, ton transit intestinal est très perturbé, et comme tu détestes être souillée tu fais souvent comprendre à ton papa qu’il doit te rechanger. Bravo Jean-Paul, ce n’est pas évident, car elle en a jusqu’en haut du dos et l’odeur est horrible à cause de la vermine qu’elle évacue, mais tu es un papa formidable et tu fais cela comme un « pro », non ce n’est pas vrai, mieux qu’un « pro », car tu le fais avec un immense amour et beaucoup d’eau savonneuse.


Ma petite Kalinda, tu es couchée dans ton lit qui me paraît gigantesque tant tu es petite. Tu es toute nue, à part une couche, et tu as toujours passé 39 de fièvre. Comme tu n’as plus le désir ni la force de te nourrir ou de t’hydrater, le médecin t’a posé une sonde gastrique. Presque toujours couchée sur le ventre tu ne bouges plus, tes deux petites mains sont toujours collées sur tes oreilles et tu sembles avoir terriblement mal à la tête. Quand tu as la force d’ouvrir un peu les yeux, tu nous regardes avec méfiance. Comme je te comprends mon amour, tu as bien le droit de te méfier de tout le monde, car on n’arrête pas de te faire des examens, de te piquer partout. Comment pourrais-tu avoir encore envie de vivre dans ce monde qui, jusqu’à maintenant, ne t’a apporté que souffrance, toi si petite, si impuissante, si vulnérable, si malade. Comme si ce n’était pas suffisant, on en rajoute encore une dose, car il est nécessaire de te faire une ponction lombaire. Malheureusement, c’est un interne encore inexpérimenté qui a été désigné pour accomplir ce geste. Je ne peux y croire, une infirmière t’assoit sur le bord de ton lit, elle te tient fermement, et il commence à piquer ton petit dos voûté minuscule. Tu hurles de douleur et comme il a raté il faut recommencer. Tu es épuisée par la souffrance mon amour, et moi je ne tiens plus le coup, je suis prête à leur bondir dessus, à leur arracher tout leur matériel et à le lancer par la fenêtre. Jean-Paul comprend très vite que je m’écroule et me demande de partir un moment me calmer. Quand je reviens, c’est enfin terminé, tu es à nouveau couchée sur ton lit, tu baignes dans tes larmes. Papa ne t’a pas quittée une seconde, il est effondré et entre deux sanglots il me glisse qu’ils ont dû s’y reprendre à trois fois. C’est tout simplement inhumain.


Quand nous posons la question, pourquoi il a fallu que ce soit un interne qui pratique cette ponction, on nous répond, qu’il faut bien qu’il apprenne. Oui eh bien c’est la dernière fois qu’il s’entraîne et s’acharne sur notre fille. Nous n’accepterons plus jamais cela. Nous comprenons bien que pour acquérir de l’expérience il faut pratiquer, mais pas sur une petite fille qui a déjà tant souffert et qui souffre encore tellement. Ne doit-on pas plutôt lui épargner des douleurs inutiles, est-ce qu’elle n’a pas déjà assez bavé dans sa petite vie ? Plus jamais aucun interne ne la touchera quand bien même il serait bon ! C’est clair !


Le diagnostic tombe enfin. Mon amour tu souffres d’une vilaine pneumonie, mais plus grave encore d’une méningite et d’une septicémie due aux hémophilius. Deux ponctions lombaires sont au programme durant la quinzaine à venir, mais cette fois, mon trésor, c’est un spécialiste qui te les fera, je te le jure.


Les médecins te prescrivent l’antibiotique le plus fort qui existe en ce moment, de la roséphine.


J’aime te prendre dans mes bras mon bijou. Tu es si microscopique et si fragile que ton petit fessier ne remplit même pas le creux de ma main. Depuis ton arrivée tu as encore perdu 700 grammes ce qui nous effraie. Tu respires beaucoup trop vite, jusqu’à 72 fois minute, et nous voyons tes petites côtes se soulever à chaque bouffée d’air. Mon amour, mon amour, comme j’aimerais pouvoir prendre ta souffrance.