Drôle de psychologie

Nous avons besoin d’aide

 

C’est auprès d’un organisme spécialisé pour les enfants en difficulté que nous nous tournons pour demander de l’aide. Deux semaines plus tard, une psychologue et une éducatrice sont dépêchées à notre domicile pour te rencontrer, t’observer, analyser ton comportement dans un milieu qui t’est familier et établir ton bilan psychologique. Pendant plus de deux heures, elles observent tes réactions, tes gestes si particuliers, ton indifférence face au monde qui t’entoure, et supportent tes cris incessants. Elles tentent de capturer ton regard, de jouer avec toi, de te stimuler et de te toucher, mais tu t’y refuses.

Se tournant enfin vers nous notre charmante psychologue pleine de tact nous dit :

– Votre enfant est psychotique à tendance autistique. À mon avis, il ne parlera jamais et son état n’ira qu’en empirant. Vous savez, il ne faut pas vous culpabiliser si vous n’arrivez pas à aimer un tel enfant, car on ne peut pas aimer un enfant comme celui-ci. Je vous conseillerais plutôt de le placer en institution spécialisée et de donner votre amour à un autre enfant plus à même de le recevoir.

Comment peut-on dire une chose pareille avec autant de froideur ? Quelle bécasse ! Et c’est ça une psychologue ? Je ne conteste pas son diagnostic, il est criant de vérité, mais les paroles qui suivent sont inadmissibles, inconcevables et inhumaines. Elle parle de notre fils, de ce merveilleux petit garçon que nous aimons depuis toujours comme s’il s’agissait d’une poupée qui, ayant un défaut, peut-être rapportée en magasin grâce à sa garantie collée sur le front : « satisfait ou remboursé ». Non Madame, moi, ce que je lis dans les yeux de mon fils c’est « Aimez-moi sans condition comme je suis ». Toutefois en ce qui concerne la garantie, vous avez raison, Madame, il en a une, celle de notre amour indéfectible pour lui.

Après lui avoir dit tout ce que nous pensions et bien qu’elle essaie encore de défendre son point de vue, la psy nous regarde avec un air de commisération qui trahit sa pensée profonde. Je suis sûre qu’elle est en train de se dire : « Mon Dieu les parents sont encore plus atteints que leurs fils. »Avant de partir, elle ajoute encore :

– Cet enfant a beaucoup de chance d’être arrivé dans votre famille et d’être autant aimé, mais souvenez-vous qu’un enfant comme lui ne pourra jamais vous rendre cet amour, car il ne saura jamais ce que veut dire aimer.

– Encore une fois vous vous trompez, Madame, c’est nous qui avons de la chance d’avoir un tel enfant et nous l’aimerons encore plus fort pour tout ce que lui ne pourra jamais nous aimer. Au revoir Madame.

Bon une chose est sûre, nous n’avons aucune aide à attendre de ce côté-là, car elle n’a même pas pris la peine de nous donner d’autres conseils pour nous aider dans notre vie de tous les jours.

Après le départ de cette charmante bécassine, nous avons beaucoup parlé papa et moi. N’aie aucune crainte trésor, car pour rien au monde nous ne nous séparerons de toi. Ta place est ici, parmi nous, dans ta famille qui t’aime tant. Tu as franchi des milliers de kilomètres pour nous rejoindre et je sais que ce n’est pas un hasard si nous nous sommes rencontrés. Nous avons devant nous un long chemin à parcourir ensemble, un chemin de difficulté, où chacun d’entre nous apprendra de l’autre. Mon amour, j’apprivoiserai ton monde pour mieux te rencontrer et je te tendrai les bras pour que tu viennes visiter le mien.