Nage à contre-courant

Un livre écrit par Nicole Wettstein

Il raconte l'histoire d'une famille de 5 enfants adoptés et en difficultés.

Parfois drôle, parfois tendre, souvent douloureux, il ne laissera personne indifférent.

5 mai 2006, j’ai 50 ans, mais qu’est-ce que je fabrique encore ? Je me promène sur ma terrasse et tout à coup une douleur terrible me foudroie. Je n’arrive plus à marcher, mon dos est complètement bloqué, chaque pas est une torture au point que j’en ai même de la peine à respirer.

 Avec difficulté, j’arrive quand même à rejoindre l’intérieur de ma maison ou je n’attends que l’instant ou mon mari va rentrer du travail. Je suis appuyée contre la fenêtre quand enfin je l’entends garer sa voiture. Tous mes muscles sont tétanisés, et quand enfin il me rejoint je tombe dans ses bras. Sa voix douce me rassure, mais je vois bien dans ses yeux qu’il est inquiet, je ne suis pas femme à m’épancher sur mes petits problèmes physiques, et malgré mes 26 ou 28 opérations passées je ne me souviens pas avoir pleuré une seule fois pour mes maux.

Des larmes, pourtant j’en ai versé ces vingt dernières années, mais il faut dire que nous n’avions pas cherché la facilité en adoptant 5 enfants en 6 ans, 5 enfants que la vie a bafoués, meurtris dans leur corps et leurs esprits, 5 enfants victimes de la misère et finalement abandonnés dans les orphelinats de mère Théresa en Inde.

Oui, mes larmes ont coulé quand pour la première fois j’ai pu les étreindre sur mon cœur, les couvrir de baisers et leur promettre que nous allions tout mettre en œuvre pour leur donner un avenir, eux qui n’en avaient pas. J’ai aussi versé des larmes d’espoir pour mes deux enfants atteints de poliomyélite, quand après avoir passé des mois et des mois à genou à côté d’eux et répété mille et mille fois les mêmes gestes de physiothérapie, leurs petits corps commençaient à revivre. J’ai pleuré de joie quand pour la première fois ils m’ont appelé « maman ».

Mais j’ai aussi pleuré toutes les larmes de mon corps quand les médecins de l’hôpital, après avoir tout tenté pour la sauver, ont déposé ma petite fille agonisante dans mes bras et m’ont dit : « Prenez là chez vous pour qu’elle puisse mourir entourée d’amour. » J’ai hurlé de douleur quand mon fils aîné a glissé dans le monde de l’autisme. J’ai pleuré quand au fil des années il fallait les opérer, mais j’ai aussi pleuré en voyant la méchanceté humaine s’abattre sur eux…


C’est de leur histoire que j’ai envie de parler dans ce livre, car chacun d’entre eux à leurs façons m’a appris à aimer de manières inconditionnelles, à repousser les limites de l’impossible, à persévérer envers et contre tout, à passer par-dessus les frontières du qu’en-dira-t-on, à renverser les barrières de l’indifférence et à voir le soleil derrière les nuages. Ils m’ont aussi appris que l’on peut parler avec les yeux, nager avec un seul bras, et s’épanouir même quand on est différent.